Discours d’Agnès Buzyn : 6ème Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial

Seul le prononcé fait foi

[Selon les personnalités présentes]

_Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

_Mesdames et Messieurs les Ministres,

_Mesdames et Messieurs les Ambassadrices et Ambassadeurs,

_Chers collègues en charge de la santé,

_Messieurs les représentants de la Métropole du Grand Lyon et de la ville de Lyon,

_Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureuse d’être à vos côtés et honorée d’ouvrir aujourd’hui la 6ème Conférence de reconstitution des ressources du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

C’est avec beaucoup d’émotion que je salue l’ensemble des participants qui ont répondu présents aujourd’hui. Je me félicite que nous soyons réunis aussi nombreux pour écrire ensemble une nouvelle page vers l’élimination des grandes pandémies.

Je tiens à remercier chaleureusement les partenaires qui ont d’ores et déjà annoncé leur promesse de dons et ainsi impulsé une dynamique décisive dans cette campagne de mobilisation. C’est à New-Delhi en février dernier que tous ensemble, Etats, agences techniques, secteur privé, nous nous sommes fixés la cible ambitieuse de réunir 14 milliards de dollars pour les trois prochaines années.

Derrière ce montant, ce sont des millions de personnes, de femmes, d’hommes, d’enfants, que nous devons atteindre afin d’éviter qu’elles ne s’infectent et ne meurent de maladies que nous savons désormais prévenir et traiter. Et c’est pour cela que nous sommes réunis aujourd’hui et demain !

Je suis particulièrement heureuse d’inaugurer cet évènement à Lyon, une ville résolument engagée dans la santé mondiale. Je tiens à remercier tout particulièrement les autorités lyonnaises pour leur implication constante sur les grands enjeux de santé, pour leur accueil dans cette ville magnifique et pour le soin apporté à l’organisation de cette conférence. J’associe à ces remerciements toutes celles et tous ceux qui ont permis à cette conférence de se tenir.

* * *

Les réussites que nous avons obtenues ces vingt dernières années dans la lutte contre les pandémies sont un exemple de la puissance de notre engagement collectif.

Les avancées ont été portées en premier lieu par la société civile. Je pense tout d’abord aux patients, à leur entourage, et aux associations de patients qui ont été à l’avant-garde de ce combat. Votre énergie et votre détermination sans faille ont été cruciales pour hisser ces enjeux au premier plan.

Je pense aux acteurs de la recherche qui, sans relâche, travaillent à améliorer les techniques de prévention et les réponses aux patients, par des formules adaptées, notamment aux enfants, ou en réduisant la toxicité des produits. Les progrès scientifiques majeurs obtenus en vingt ans sont ceux qui nous permettent aujourd’hui d’envisager un monde sans ces trois pandémies.

Je pense également aux professionnels de santé, aux collectivités, ainsi qu’aux bénévoles, aidants, qui par leur action au quotidien sur le terrain, auprès des patients ou des personnes à risque, sont au coeur de la réponse.

Je souhaite enfin saluer le rôle décisif de la communauté internationale – notre rôle à tous – dans ces avancées. C’est en faisant de la santé un enjeu majeur de l’agenda politique international et en y couplant des moyens financiers inédits que nous avons pu changer la donne. L’approche multilatérale, à laquelle notre pays est particulièrement attaché, est la meilleure manière de défendre ce bien commun qu’est la santé.

Ce combat collectif a permis de révolutionner la prévention, le diagnostic, la prise en charge, et de faciliter l’arrivée de nouveaux traitements qui ont radicalement transformé la vie des personnes atteintes. Ce sont des avancées dont j’ai pu personnellement mesurer l’importance lors de ma pratique médicale.

Vous le savez, dans ce combat, le Fonds mondial a joué un rôle transformateur. Il illustre à lui seul, par sa force de frappe et les économies d’échelle qu’il permet, toute la puissance et l’efficacité de l’action multilatérale.

32 millions de vies sauvées. C’est le résultat de notre action commune. C’est pour défendre ces résultats que nous sommes ici aujourd’hui et pour pouvoir continuer d’être fiers de nos efforts communs pour construire un monde libéré du VIH, de la tuberculose et du paludisme d’ici 2030.

* * *

La France a pris part à cet effort collectif avec un engagement historique et constant. Il est le prolongement des valeurs que notre pays porte en matière en santé : l’universalité de l’accès à la santé, la qualité et la sécurité des soins, le respect des droits des personnes malades et l’implication de la société civile.

Notre engagement se traduit au niveau national par des mesures fortes et ambitieuses :

- Concernant la pandémie du VIH, nous avons notamment fait de la santé sexuelle une priorité de notre action en santé publique, pour réduire le nombre de personnes infectées et vivant avec le virus, et faire évoluer les représentations sociales de la maladie.

- La France est par ailleurs engagée dans l’objectif zéro paludisme, en développant notamment un programme ambitieux pour atteindre l’élimination du paludisme au sein de nos territoires ultramarins de Guyane et Mayotte.

- La France reste également impliquée dans la lutte contre la tuberculose, une maladie dont la gravité s’accroit aujourd’hui, malgré les antibiothérapies disponibles. Cette épidémie appelle à une vigilance renforcée face à la menace de la résistance antimicrobienne.

Au plan international, la santé mondiale est au coeur des priorités de notre pays. En 2018, la France a consacré près d’1 milliard d’euros d’aide publique au développement du secteur de la santé. Pays fondateur du Fonds mondial avec les membres du G8, la France en est le deuxième donateur historique avec plus de 4,6 milliards d’euros de dons cumulés depuis 2002.

Cette mobilisation au service de la santé mondiale est également au coeur de notre aide au développement, dont la hausse historique des crédits consolide notre action en faveur du développement durable dans ses trois dimensions : environnementale, sociale et économique.

En santé, le renforcement des systèmes est notre première priorité d’action bilatérale. Mais nous intensifions également nos efforts sur d’autres enjeux ayant un impact sur la santé : engagement face aux situations de crises, pour traiter des fragilités, lutter contre le changement climatique, permettre un accès à une éducation de qualité, et, enfin pour mettre fin aux inégalités entre les femmes et les hommes.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, a souhaité se saisir de la Présidence du G7 cette année, consacrée à la lutte contre les inégalités, pour réaffirmer cet engagement. La réunion des Ministres de la santé du G7, que j’ai eu l’honneur de présider en mai dernier, a ainsi souligné le rôle pivot des soins de santé primaires dans la lutte contre les inégalités de santé et rappelé leur rôle décisif dans la lutte contre les trois pandémies.

* * *

Les efforts de tous doivent à présent être accélérés pour nous remettre sur la trajectoire d’élimination des pandémies.

En effet, les maladies transmissibles continuent de représenter un défi majeur pour la santé mondiale, aux lourdes conséquences humaines, sociétales et économiques.

En 2018, elles ont encore causé le décès de plus de 2,8 millions de personnes. A ces décès évitables s’ajoutent ceux causés par les maladies non transmissibles, faisant porter à de nombreux pays – les moins armés le plus souvent – un double fardeau.

Dans ce contexte, les pays les plus fragiles doivent concentrer nos efforts. Je pense tout particulièrement à certains pays d’Afrique, où malgré des avancées considérables, nous devons poursuivre l’investissement pour des systèmes de santé plus forts.

Enfin, le défi n’est pas seulement médical, mais sociétal et moral, car la prise en charge des maladies transmissibles est indissociable des enjeux liés aux droits fondamentaux. Il faut mettre tout en oeuvre pour atteindre les populations les plus vulnérables, éloignées des soins, stigmatisées, pour leur permettre d’accéder à des services de prévention et de soins de qualité, sans discrimination aucune.

Le défi est aussi celui d’une meilleure efficience des moyens déployés en s’appuyant sur tous les acteurs qui contribuent à la lutte contre ces pandémies. Une meilleure articulation entre notre action multilatérale et une approche bilatérale par pays, capitalisant sur l’ensemble des acteurs, nationaux, ou opérateurs internationaux, permettra un effet levier et une meilleure efficacité.

L’expertise de tous doit être mobilisée dans le respect des missions de chacun. C’est la garantie de partager l’expertise au plus près des acteurs et garantir le renforcement et la consolidation des systèmes de santé nationaux.

* * *

C’est pour répondre à ces enjeux que nous sommes réunis aujourd’hui et demain, pour envoyer un signal fort. Un signal collectif, universel et ambitieux.

Nous tous, Etats, entreprises, chercheurs, ONG, citoyens avons aujourd’hui la responsabilité d’intensifier nos investissements. Je compte sur chacun d’entre vous pour réunir les financements nécessaires pour donner au Fonds mondial les moyens de soutenir les pays touchés dans leurs efforts de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

Cet engagement est décisif parce qu’il nous donne le moyen d’agir et de mener des politiques fortes et ambitieuses, seules à même de répondre à l’ampleur des défis.

Il doit permettre de construire des services de santé pérennes, prenant appui sur des soins de santé primaires forts, centrés sur les personnes. Il doit permettre de construire, avec responsabilité, une nouvelle génération exempte de ce fardeau des pandémies.

Je formule devant vous le voeu que ces deux journées soient l’occasion de fructueux échanges entre tous et se traduisent par des engagements financiers à la hauteur de ces enjeux.

Mesdames, Messieurs,

La santé est un bien commun essentiel que nous devons défendre, à la fois comme un vecteur d’optimisme et de confiance pour les générations à venir mais également un formidable levier de stabilité politique.

Le Président de la République, Emmanuel Macron, évoque souvent notre secteur comme un secteur stratégique de ce qu’il appelle la diplomatie des biens communs. Ces deux jours seront l’occasion de montrer que cette diplomatie peut s’ancrer sur des résultats tangibles : une mobilisation financière internationale dans un cadre multilatéral pour sauver 16 millions de vie dans les trois prochaines années.

Face à monde que nous pouvons craindre de plus en plus fragmenté et replié, face aux inégalités grandissantes, nous avons deux jours pour apporter chacun notre part de réponse et démontrer, ensemble, la force du collectif et de la solidarité.

Je vous remercie.

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